Douleur chronique, traumatismes et massothérapie

Quand on parle de douleur chronique , on pense a une douleur qui perdure dans le temps au de-là de 3 mois. Mais quand une douleur perdure pendant plusieurs années malgré des soins appropriés, on peut penser qu’un traumatisme, au sens large du terme , la maintien en place.

La majorité des gens qui me consultent , ne pensent pas avoir jamais été traumatisés.
C’est parce qu’on associe traumatisme avec un choc , un événement marquant, qui a un avant et un après .

Cependant quand on prends le terme de traumatisme dans son étymologie, qui est trauma en Grec, cela signifie une blessure, une atteinte, une défaite. Et une blessure qui ne se referme pas , risque de s’infecter.

Le trauma selon Peter Levine, sommité mondiale en la matière , n’est pas ce qui nous arrive , mais ce que l’on doit garder à l’intérieur en l’absence d’un témoin empathique.

Tous les accidents ne créent pas des traumas, mais beaucoup de situations anodines, surtout dans l’enfance, qui est un état de vulnérabilité exacerbé, peuvent engraver des réponses de survie, de protection en soi. Toute situation ou tu as cru ta vie en danger sans avoir une résolution complète (un retour à la sécurité total) peut causer un traumatisme.

On pourrait résumer cela ainsi: c’est quand notre système nerveux est submergé par un événement qui cause une réponse émotionnelle trop intense , en réaction à quelque chose de trop ( un choc, un accident, une violence etc.) ou de pas assez ( un manque profond, une négligence, un besoin vital non répondu) dans un état de vulnérabilité, sans support pour s’en sortir .

Parfois, le traumatisme peut paraître anodin , parce qu’on reste fonctionnel. Mais le mécanisme continue de nous enfermer dans une réalité du passé. Et au bout d’un certain temps, si ce n’est pas dès le départ, cette réponse physiologique de protection crée de la douleur.

Nous sommes des êtres d’adaptation, et notre corps va toujours chercher à survivre , à contourner ou surmonter un problème, il en va de la survie de l’espèce. Cependant ces réponses de survie , si elle ne sont pas désactivées, deviennent une partie réactionnelle de nous qui modifie notre rapport à la douleur et au danger : l’hypervigilence s’installe.

C’est pourquoi il est important, car ce sont aussi des réaction totalement biologiques liées à des émotions brutes , de terminer le cycle de survie en évacuant l’énergie accumulée déployée afin de ne pas mourir , pour pouvoir accéder à nouveau à un espace de sécurité, de créativité, de guérison .

Car tant que l’on est dans un mode de survie, ou que l’on pense l’être , le corps ne répare pas, il compense et monopolise l’énergie dans le mode de protection, ce qui laisse moins d’énergie pour apprécier la vie.

Comment la massothérapie peut-elle aider à désactiver cette énergie de survie, qui alimente la douleur chronique persistante ?

Bien entendu, il faut choisir une approche sensible aux traumas idéalement. Mais comme le dit Mihaël Mamychshvili, massothérapeute mondial spécialisé en la matière, ‘’un traumatisme ne se résout pas tant que le corps ne l’a pas résolu ‘’. Ce n’est donc pas qu’une affaire d’esprit.

Alors comment faire?

Il faut s’adresser à la perception des sensations, au langage du système nerveux par le toucher , pour calmer les réponses biologiques , souvent associées avec des émotions brutes comme la peur , l’angoisse, l’anxiété, la colère, la rage, la honte ou la culpabilité.

On utilise au besoin des techniques spécifiques pour calmer soit le système sympathique ( le mode combat-fuite) soit le système parasympathique de survie ( le mode figer , l’effondrement ) .

On peut aussi utiliser des petits exercices simples de régulation pour désengager chaque mode de protection et rappeler au corps qu’il est en sécurité, que l’événement perturbateur est terminé.

La partie la plus importante de ce travail est la co-régulation fait entre le thérapeute et le client : une attitude stable, rassurante, compréhensive et sans jugement permet aussi d’être accueilli et reçu tel que l’on est , ce qui désamorce beaucoup de résistance .

C’est un travail qui se fait en titration, ou par pendulation , c’est-à-dire qu’on y va doucement couche par couche, en allant contacter la douleur puis en revenant dans une espace de sécurité, pour éviter qu’une réaction trop forte nuise à la sensation de sécurité et re-traumatise.

C’est un travail d’intégration des sensations, qui enlève graduellement le signal de danger du système nerveux, qui fige la douleur chronique.

C’est pourquoi je considère l’approche du Shiatsu (technique de massothérapie) , entre-autres, comme une avenue très positive pour ramener un état de détente et de sécurité dans le corps, avec son toucher parfois lent et profond , parfois léger et libérateur.

Car quand on commence à se sentir bien , le corps peut intégrer une réponse plus positive à son environnement et laisser place à la joie et au repos. Et dans le repos, le corps se répare de lui-même.